Aliénor, un opéra exposé


  Sérénité

                 Amour divin

  Aliénor

  Harmonie

  Amour impossible

  Magie

  Trahison

    Fidèlité

  Naufrage

    Inferno mortal

  Passion

    Rituel



Un opéra exposé ! Le compositeur Murielle Lucie Clément a choisi de présenter son opéra Aliénor, un opéra exposé dans une galerie au lieu d'un théâtre.

"Pour cet opéra, je préfère la lumière du jour et, j'approche le même thème de plusieurs angles distincts, je le compose de matériaux divers: 12 pièces de musique pour 12 personnages, 12 sculptures, 12 tableaux. C'est colossal de plonger au coeur de l'histoire, de lui donner forme non seulement en musique, mais aussi en peinture, en sculpture, en photographie, de pouvoir amalgamer les sons, les couleurs et les formes d'une autre manière qu'au théâtre. Et puis, dans cet opéra, les spectateurs peuvent être acteurs, s'ils le désirent. Ils ont la possibilité de participer avec leur voix ou un autre instrument. La partition est accrochée visible pour tous. Je conseille à chacun de lire le catalogue à l'entrée pour avoir un canvas initial. Toutefois, cela est loin d'être une obligation.

La raison pour laquelle j'ai composé cet opéra multimédiatiquement est simple et bien définie. C'est une quête au travers du thème, une recherche de la confrontation simultanée des approches différentes engendrant une vision que chacun peut réaliser pour soi-même. Ce qui n'exclue nullement une représentation de la musique en théâtre: il s'agira alors d'une tout autre composition."

L'histoire d'Aliénor, un opéra exposé est celle de la vie d'Aliénor d'Aquitaine et de ses deux mariages successifs, d'abord avec Louis VI puis avec le duc de Normandie qui deviendra par la suite Henri II D'Angleterre.

Le premier mariage résulte de la volonté testamentaire du duc d'Aquitaine qui lègue sa fille et son domaine au roi de France. L'adolescente essaie loyalement de s'adapter à une cour austère et d'ouvrir son mari aux joies de la vie mais, sans succès. Il faut se rendre à la raison et divorcer. L'amour fou viendra avec le duc de Normandie et la prise de possession de l'Angleterre dans laquelle il faudra inventer les institutions modernes. Mais cette exploration du vivant ne se limite pas là. Après l'Outre-Manche, c'est l'Orient, ses croisés, ses chariots, ses voyages et ses batailles qui fascinent la belle amoureuse.

De ce déplacement d'amour, de provinces, de pays, d'influences réciproques, les cultures se combattant, se fécondant l'une l'autre, naîtra une époque moderne enchevêtrée, jamais résolue, néanmoins révolue et pourtant toujours à l'oeuvre.

C'est qu'Aliénor est la métaphore d'un combat entre deux langues, deux conceptions du monde, deux organisations de la pensée dont de toute façon aucune ne convient et cela quelque soit l'époque considérée, car les trois actes de l'opéra correspondent aux trois périodes de la vie de la souveraine: la jeunesse, la maturité, la vieillesse.

C'est que l'ordre humain qu'on veut lui imposer ne peut la contenir. Elevée au milieu des troubadours dans un monde de fruits de beauté et d'animaux familiers, elle a de la vie une vision gracieuse, belle et sacrée. Elle la croit la réalité alors qu'artiste elle-même jusqu'au fond de l'âme, elle se pense sans cesse dans un monde enchanté.

Ainsi ce qui survient dans son existence la renvoie-t-il à tout moment du commencement à la fin du monde à travers tout un appareillage mythologique, qu'elle doit inventer pour prendre en compte son mode de vie et ses aspirations, qui ne veut pas se résigner à consignation.

Ainsi voit-on appraître "La Trahison, La Sérénité et Le Rituel", qui telles les trois Parques veillent sur le destin de "La Légende" et de "La Magie" ces démiurges transformant en opéra universel et virtuel un amour déchirant de n'avoir à aucun moment pu se résoudre au mensonge et à la médiocrité.

Ainsi la trame de l'opéra est-elle de hisser à la hauteur d'une histoire cosmique, les affects des uns et des autres dès lors qu'ils ne se résignent pas à la destruction. Derrière la vie d'Aliénor d'Aquitaine, c'est l'histoire d'une Europe en mouvement qui s'interroge sur les bouleversements nécessaires de ses habitudes pour prendre en compte ce qui survient, aussi innattendu soit-il.

Ainsi le compositeur parvient par la musique à montrer cet inattendu en question. Cet inattendu, c'est la retauration de la voix humaine dans sa majesté dès lors qu'à bout de course elle a dû pour survivre, laisser derrière elle la machine. C'est cet ultime dépouillement qui sauve l'humanité prise dans les rêts de sa globale rationnalisation, d'une mort certaine, en la faisant renouer avec une vitalité exubérante à laquelle, tous comptes faits, elle n'a pas pu et voulu renoncer.